AND ONE

9.9.99 Uhr
Du Depeche mode teutonique kitschisé, choeurs débiles en prime, classe et créativité en moins. Parfois drôle mais pas plus. (RC)

ARID
Little things of venom
Par certains côtés, ce jeune groupe flamand rappelle Gomez. OK, leur musique n'a rien à voir, mais l'effet produit par leur premier album respectif peut être comparé : la sensation de découvrir un travail léché, techniquement irréprochable, impeccablement produit, bref une œuvre maîtrisée de A à Z, mais qui laisse le même sentiment de vide - comme si rien ne devait rester, émerger de cette pop qui s'étale, avec un certain goût, mais sans saveur propre. On en est presque gêné. Dans le cas d'Arid, c'est d'autant plus frappant que la voix du chanteur renvoie invariablement à celle de Jeff Buckley, lourd héritage... Comme Gomez, Arid est bien parti pour récolter les lauriers d'une profession qui récompensera son savoir-faire - indéniable - en oubliant trop vite que tout cela manque terriblement d'âme. (SF)

ARMENS
Six différents
Je sais que le rock le plus insignifiant, à partir du moment qu'il sonne un peu folklo, en fait bander plus d'un en France. Moi pas. Du moins cela n'y suffit pas. Armens a choisi le créneau violon et accordéon, mais celte ou pas, la merde reste de la merde. (RC)

ASH

Nu-clear sounds

Le grunge-pop bondissant de Ash ne vieillit pas trop bien : la basse moins ronde et moins présente, l'insolente jeunesse quelque peu tarie, une moindre fougue... Le délire tournoyant d'un " Death trip 21 ", grand pogo baggy dynamité, ou les enflammements brutaux de " Numbskull ", dans la veine des meilleurs Sonic Youth, font figure d'exception, et rappellent seuls l'excellent " Trailer " qui m'avait favorablement surpris jadis. Personne n'a besoin d'un nouveau Radiohead, d'un sous-Blur en deuil de Nirvana. C'est ce qu'on appelle, je crois, un début d'essoufflement. (RC)

ASTON VILLA
Extraversion
Les Français d'Aston Villa (pourquoi pas des Britanniques du PSG ?) marient avec raffinement une noisy-pop plutôt sage, de la pop tout court et un dub impressionniste qui n'est pas fait pour me déplaire. Les paroles sont plutôt très belles, bien chantées. Dans la catégorie, un très bon élève. (RC)

BABYLON ZOO
King Kong groover
La britpop technologique de Jas Mann/Babylon Zoo, grand manège dance-pop singeant volontiers les Rolling Stones, payant leur dû aux Cure d'antan, mais visant résolument les plates-bandes fades et passablement encombrées de Radiohead, lasse presque aussi vite qu'elle interpelle. Trop (ou peut-être pas assez ?) glamour, l'album se perd en arrangements pompeux : il faut dès lors une certaine imagination et beaucoup de bienveillance pour se représenter ce que devait être le projet initial de " King Kong groover ", avant qu'il ne devienne cette bouillie superficielle et finalement, uniforme. (RC)

BACKSTAB
L'oeil du clone
Foisonnement électronique, rapidité d'exécution et vagues réminiscences orientalistes tiennent lieu d'originalité à ce groupe qui ne fera qu'ajouter un nom de plus sur la longue liste des techno-trasher français. Réservé aux amateurs. (RC) Contact & CD : 01 43 74 28 41

BASTA
Radieux-sceptique
L'album de Basta m'évoque le mariage improbable de Spicy Box, des Tétines noires, de Jad Wio et... de Jean-Louis Murat ! C'est pour le moins original, gonflé, et pas loin du chef-d'œuvre. Loin de la merde souffreteuse d'un Miossec (je sais, j'ai pris parti), les paroles, portées par une voix superbe, c'est assez rare pour être souligné, sont d'une violence personnelle, mortifère et contenue, célébrant la poétique sensuelle de nos mauvais désirs et de nos corps numérisés. Techno-trash trip-hopisée un rien jazzy, assortie de quelques pointes pop malsaines, " Sceptique-radieux " est un bijou rare et inspiré. (C)

BEDLAM
AGO GO
L'intro de l'album résume à elle seule le patchwork inspiré que cet album délivre. Les influences embrassent avec respect trente ans d'impressions musicales, partant de l'héritage punk pour s'échouer sur une rythmique de fin de millénaire, urbaine et désenchantée. L'identité du groupe, que l'on aurait du mal à définir, s'efface ainsi devant la multitude d'ambiances qui se dégagent, aussi fugitives et désincarnées qu'un jet d'images cathodiques qui vomirait des instantanés d'un siècle trop plein. Les samples surboostés écument de déboussolades, entre dance malsaine, hip-hop dérangé, trip-hop, electronic-body music, new-wave et fureurs rock, avec ça et là quelques pointes d'une world-music mélancolique. Une partouze indécente entre Depeche-Mode, Shock Therapy et The Neon Judgmement. Assurément réussi. (C)

BLUR

13
Je ne ferai pas mon mea culpa pour tout le mal que j'ai pu dire jusqu'ici de Blur, rejeton britpop mollasson et conventionnel qui semblait s'être fait une religion de péter plus haut que son cul. Mais je tiens toutes les critiques et réserves que j'ai pu formuler par le passé pour périmées, définitivement périmées. Et pour entrer dans le vif du sujet, " 13 " est responsable de ce retournement de veste. Car " 13 " est un excellent disque. Pour un peu, il justifierait a posteriori toutes les fanfaronnades du groupe et de son agaçant leader. Dans un climat de grande liberté désinvolte et groovy, Blur tire en effet ici le meilleur d'un medium tempo imaginatif, étonnament brut. Tous les titres ne sont pas de même niveau, mais de grands morceaux occupent une bonne moitié de l'album : le blues trickysé de " Trailerpark ", les excellents " Bugman " et " Swamp song ", curistes jusqu'à la moelle et pour ce dernier, frissonnant jusqu'à l'apothéose décalée des choeurs, un " BLUREMI " entre rock'n roll, punk teuton et pur délire psychédélique, un " Mellow gold " cohennien ou encore un " Battle " tirant sur le Floyd, sans oublier le coup de force gospel du single " Tender ", accréditent enfin - et comment ! - une réputation d'excellence que le groupe s'était un peu rapidement acquise. (RC)

BOO RADLEYS
Kingsize
Pop et dansant, ostentatoirement britannique, le nouveau Boo Radleys se caractérise par une sorte d'humour malgré soi qui les place très au-dessus de la mêlée locale. " Kingsize ", toutes cordes, choeurs féminins et minauderies sorties, a la fraîcheur légère et variée d'un premier album, mais comme il se doit, le son léché d'un hit continu. Chapeau ! (RC)

BUGS
Infinite syndrome
Une sorte de Sade sur fond trip-hop / jungle (Sade la chanteuse, pas le marquis). C'est charmant et un peu pénible. (RC)

CALL US AS YOU WISH !
Inner palace
S'il fallait être cruel, je prendrais au pied de la lettre le nom que le groupe s'est donné (" Call us as you wish ! " = " Appelez-nous comme vous voulez ! ") et je répondrai : Mass Hysteria. Ou Oneyed Jack. Ou No One Is Innocent. Enfin un de ces groupes de trash mélodique censément enrichi au hip-hop, plutôt bons groovers mais pas débordants d'inventivité, même si chez " Call us... ", on sent une certaine sympathie pour les bons vieux Bad Brains d'antan, sympathie qu'on ne saurait évidemment leur reprocher. Bref, rien de très neuf sous le soleil. (RC)

CREATURES
Eraser cut
En 81, Siouxsie Sioux, alors mondialement connue, et son compagnon de batteur Budgie, décident de former les Creatures, histoire de pouvoir lorgner vers des tendances bruitistes que le statut de pop-star des Banshees ne leur permet pas. Sortent alors deux albums, où se mêlent sons tribaux, world-music, musiques tzigane, hispanique, hawaïenne et j'en passe, associés à une pop minimaliste où la voix de Sioux est parfaitement mise en valeur. En 95, les Banshees se séparent, refusant (c'est tout à leur honneur) de devenir des dinosaures. Voilà qu'aujourd'hui sort de nulle part ce quatre titres, où la bizarrerie fait merveille et qui fera fuir vos camarades qui vous font chier à s'incruster chez vous. Pas de ligne mélodique, des fins de chansons signalées pas des sons de cloches, des inspirations tirées d'un panorama musical très élargi, où la batterie de Budgie se taille la part du lion, des impros vocales superbes, comme ce morceau sur lequel Siouxsie marie à l'envi sa voix à trois accords de guitare sèche. Après avoir connu les grands stades, les télés et les hit-parades, la dame flirte à nouveau avec l'underground le plus carnassier et peut tout se permettre. C'est ce qu'elle fait. Tant mieux. (C)

CYPRESS HILL
IV
Il est loin le temps où Cypress Hill produisait un rap bon enfant quoique débridé. A l'instar des Beastie Boys, le groupe est désormais passé maître dans l'art d'échapper à une étiquette musicale réductrice, pour décliner savoureusement les chausses-trappes d'un trip-hop atypique mêlé à un rap jamais corrompu. La voix demeure menacante et les samples de guitares parfaitement distillés. Les compos sont nettes, épurées, plombant l'atmosphère d'un curieux mélange d'urgence et de plénitude. De quoi réconcilier les amateurs d'Ice-T et ceux de Massive Attack. Du grand art. (C)

DAVID SYLVIAN
Dead bees on a cake
Ca n'a manifestement pas marqué tout le monde : lorsqu'en 1987, David Sylvian sortit l'album " Secrets of the beehive ", l'une des plus belles réussites de la décennie précédente, on ne peut pas dire qu'il connut un succès de masse. Alors douze ans plus tard, après un long silence entrecoupé de collaborations diverses, notamment avec Robert Fripp (" The first day ", en 1993), l'arrivée d'une nouvelle œuvre solitaire ne devrait pas non plus bouleverser le petit monde du show-bizz, pour qui Sylvian traîne encore, près de vingt ans après, l'icône un peu risible de chanteur peinturluré du groupe Japan - l'un des fleurons de la new-wave romantique, splité depuis belle lurette. Au fond, peu importe. Les disques de Sylvian demeurent une aventure musicale puissante, dans laquelle il fait bon s'immerger, s'enfoncer, car si l'on en ressort de toute façon indemne (ses compositions ne sont pas outre-mesure ténébreuses), on peut être certain de ne pas retomber tout à fait sur ses pattes. Et c'est tant mieux : comme Mark Hollis, dont il se sent volontiers familier, le dandy anglais, autrefois en concurrence avec Bowie, est un perfectionniste affranchi de toute démarche mercantile, le genre de type qui a jeté depuis longtemps son plan de carrière aux orties et va où bon lui semble, sans manquer pour autant d'une farouche autodiscipline. Ainsi la gestation de " Dead bees on a cake " aura été longue, cinq années laborieuses qui ont abouti à cette œuvre de synthèse. Pas forcément la meilleure de son auteur, mais sans doute la plus représentative de ce que peut être l'univers de Sylvian, un concentré savant de sophistication sensuelle, bâtie sur des lyrics éminemment poétiques, une musique qui n'écarte aucune influence, en particulier asiatique, mais demeure foncièrement anglo-saxonne. Quant à la voix de Sylvian, elle n'a jamais été aussi envoûtante que sur le dernier morceau de l'album, un modèle du genre. Alors pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents... (SF)

DEPECHE MODE

The singles 86-98
Ce double album des précurseurs incontestés de la new-wave proto-industrielle et synthétique fait suite a un premier volume paru - ça nous rajeunit pas... - en 1985, et qui s'intitulait, comme de juste, " The singles 1981-1985 ". On y constate ce que l'on savait déjà : Depeche Mode est un grand groupe, un très grand groupe, que son phénoménal succès n'a édulcoré en rien, au grand dam de tant d'autres hérauts new-wave nés dans les 80s et qui, pour ceux qui n'ont pas encore lâché le morceaux, déclinent interminablement : Cure, U2 pour ne citer que les plus tragiquement déchus. Les titres les plus désuets, et ils ne sont pas si nombreux, brillent cependant par le seul effet du chant, magiquement tendu et charnel, définitivement inaltérable. Le plus curieux sans doute, que l'on constatera ici puisque les titres sont " rangés " par ordre chronologique, c'est l'introduction tardive des guitares dans une musique qui se voulait au départ (et a bâti sa marque et sa réputation) sur le 100% synthétique. Un véritable défi quand on sait que la plupart des tenants du 100% électrique/acoustique ont fini tôt ou tard par se mettre aux samples et aux machines pour tenter de rattraper l'époque... et une promesse tenue, tant Depeche Mode n'est pas un guitar-band : les guitares y restent un matériau, au même titre que les synthés (car Depeche Mode ne sonne jamais techno, et ne le voudrait poru rien au monde), c'est à dire une matière première que l'on recueille, que l'on transforme et que l'on recrache. C'est sans doute le seul groupe que j'écoutais quand j'avais quatorze ans et que je continue d'admirer. (RC)

DJ KRUSH

Kakusei
Un beat lent, étouffé, mesuré, permanent, minimal et récurrent, entre hip-hop et techno morphinique. Le reste : riffs inachevés, instables et sans assise, demi-mesures shuntées à mi-parcours, de jazz, de dub, de musique classique, d'ici ou de là, toujours en suspens, le son par bribes, discret et proliférant pourtant dans le silence en partie préservé. En dépit de (ou par la vertu de) l'absolue simplicité du procédé, " Kakusei " touche à l'essentiel. Zen moderne, la musique méditative de DJ Krush pourrait recueillir l'éloge des plus retors au disc-jockisme ambiant, dont j'étais. (RC)

EXPLICIT BASS DRUM vol 2
Difficile pour un non-spécialiste d'évaluer précisément en quoi un album de techno hardcore diffère ou non d'un autre. Néanmoins, quelques uns des artistes réunis sur cette compilation semblent avoir fait l'effort de lâcher ponctuellement l'incessant boum-boum sur tous les temps pour quelques riffs jungle pétaradants, ou les scansions plus noires d'un univers industriel qui fait fi de la vitesse (" Auto flagelation ", par Micropoint). Samples rapides et voix se résument à de troubles réminiscences, tels des pylônes sur une autoroute. Aucune musicalité véritable ne se dégage de la masse, mais un vrai souffle, certainement. (RC)

FLEUR
Petit Tom au pays des crocodiles
Saupoudrez le hardcore progressif de Fleur, extrêmement noir, industriel comme par relents, d'un chant grave naze, j'm'en foutiste au possible à la Gogol / Ludwig von 88 : vous obtenez la troisième cassette (cinq titres) de ce one-man-band français qui fut mieux inspiré, et un beau gâchis. (RC) K7 : 29,90 F port compris / Des Mutants dans le décor, 284 rue de Noisy le Sec 93170 Bagnolet

FRANCOIS HADJI-LAZARO
Rékapituleidoscope
Voici une des pièces maîtresses de ce printemps tardif. Artiste multifacettes, Hadji-Lazaro prouve de belle manière, dans cette compilation qui reprend pêle-mêle des titres des Garçons Bouchers, de Pigalle, de Los Carayos, ainsi que quelques performances en solo et des inédits, que ses talents d'écriture et de composition sont étonnamment polymorphes. Le punk bon enfant des Bouchers se marie avec bonheur à la poésie crue de Pigalle, car, à l'image de sa maison de disques, l'homme défend sans complexe le métissage des styles. Le trash-musette est ici célébré par celui qui, ne l'oublions pas, l'a inventé. Et même si des titres comme " La bière " nous paraissent aujourd'hui bien surannés, on s'inclinera avec respect devant ces quinze années de carrière sans compromis ni marketing outrancier. Car, au final, le bonhomme reste pour moi l'un des paroliers les plus inspirés - quoique les plus méconnus - de l'hexagone. (C)

GIORGIO CANALI
1000 Vietnam
Proche de Noir Désir, le rock franco-italien de Giorgio Canali mêle assez habilement d'évidentes ambitions chansonnières à quelques réminiscences punk appuyées, sans autre originalité toutefois que celle de sa voix, rocailleuse (enrouée ?) et enflammée à souhait. Flammes que les paroles s'efforcent de porter avec un inégal bonheur, en ce qu'elles cèdent facilement à la tentation (que nous avons tous connue en apprenant les langues étrangères) du gros mot : rien à branler, con, putain de chanson, BCGG (?), etc. Dommage, car celles-ci recèlent parfois une petite perle réalistico-politico-sociale, ma foi, intéressante... Peut-être tout cela sera-t-il finalement amené à se décanter. A noter que deux membres des déjà cités Noir Désir interviennent ponctuellement sur l'album : on le lit dans le livret plus qu'on l'entend, mais ce n'est pas une surprise. (RC)

IDLEWILD

Hope is important
Finalement les groupes punk encore en exercice ne sont pas si nombreux que l'on ne salue pas ce nouveau venu, qui réussit à surprendre dans ce genre à juste titre réputé éculé. Je ne vais pas vous faire l'apologie rétrospective du punk, mais si je devais aujourd'hui n'aller en voir qu'un sur scène, ce serait Idlewild, sans hésitation. (RC)

JACNO
La part des anges
De la variétoche française à prétention new-wave, avec beaucoup de synthétiseur. Le genre de disque qu'aurait pu enregistrer Taxi Girl s'il avait été mauvais, et il ne le fut pas. (RC)

LES MAINS SALES

De sang froid
Il y a du Téléphone, du Dogs, du Noir Désir, du Cyclope dans ce rock'n roll mélodique et rythmique, un brin désuet, quelque chose de la vieille " école française " à quoi insuffisamment d'hommages sont généralement rendus. Les Mains Sales ont pourtant un vrai ton, hors les deux courants majeurs alterno/musette (Mano Negra, Pigalle, Louise Attaque et autre Zebda...) et trash fusion (Lofofora, No One, Oneyed Jack, Mass Hysteria et j'en passe). C'est frais et marqué eighties, chanté en français, poétique sans chichis et social sans manichéisme. J'aime bien. (RC)

LISA GERMANO
Slide
On croit pénétrer dans un univers familier, en gros celui d'une Suzanne Vega un peu plus déjantée, plus estampillée " indie. " Or, le nouvel album de Lisa Germano se révèle un peu plus retors que prévu, infranchissable non, mais pas plus accueillant que ça. Et c'est ce qui fait tout le charme de ces onze petites pièces : l'air de rien, elles constituent un tableau riche et touffu, qui survit à une première écoute monochrome, limite ennuyeuse. Il faut fouiner dans ces morceaux un peu arides pour y trouver sa zone d'accroche, pour se saisir de prises qui s'avèrent solides malgré l'impression bancale de l'ensemble. Ce petit bricolage finit par distiller sa mélodie sèche et confinée. La voix de Germano n'impressionne pas, mais elle nous promène intelligemment dans ce dédale qui ne semble d'abord être qu'un vague couloir sans recoins. Une belle réussite. (SF)

MARC RIBOT Y LOS CUBANOS POSTIZOS
The prosthetic Cubans
Peu versé en musique cubaine, je ne saurais dire précisément en quoi ce disque est ou non orthodoxe, même si guitares et percussions y sont plus présentes que les cuivres attendus. En revanche, je sais deux ou trois choses de Marc Ribot, guitar hero international aussi à l'aise dans le blues ou la no-wave que dans le jazz yiddish, qui a travaillé, entre autres, avec Tom Waits, John Zorn, les Lounge Lizards, Marianne Faithful, Elvis Costello, Arto Lindsay, Elliot Sharp, Allen Ginsberg... - on croît rêver. Rien de très expérimental cependant dans ce bel album d'atmosphères, consistant principalement en reprises du compositeur cubain Arsenio Rodriguez, mélancoliques, parfois graves, sans ostentation ni fioritures, loin en tout cas de l'habituel cliché fiesta et révolutionnaire que l'Europe associe à Cuba. (RC)

MASS HYSTERIA

Contraddiction
Plus resserré, mieux tenu que le précédent, ce deuxième album studio de Mass Hysteria reste cependant on ne peut plus orthodoxe dans le registre techno-trash vaguement hip-hop. Mass Hysteria reste le produit d'une certaine scène. Avec quelques notables, mais trop rares exceptions, comme " Finistère amer " ou " Le plus juste effet (irie). " (RC)

MERCURY REV
Deserter's song
Une grosse mémère tirée à quatre épingles, voici ce qu'évoque pour moi le nouveau Mercury Rev. Une sorte de Tindersticks à la petite semaine, entre Legendary Pink Dots sur le retour, Beatles cafardeux et musique de film. Tout y est beau, précieux, prétentieux, désespérément consonnant et encombrant. (RC)

MIOSSEC

A prendre
Miossec relève la tête (l'expression lui plaîrait, sans doute) avec ce troisième album qui reprend largement, avec plus de maîtrise, les ponts lancés dans le décevant " Baiser " vers l'électrification de son rock-folk ombrageux. Les défauts intrinsèques perdurent pourtant : certaine redondance mélodique d'un album et d'un titre à l'autre, même dans le chant (mais bon : Brassens faisait pire), et un refus catégorique de " caler " les paroles sur les musiques - refus qu'on retrouve, curieusement, chez Mano Solo, avec les mêmes effets néfastes de maladroite approximation : ça déborde, ça se presse et on rate un, deux mots, les textes y perdent. Les textes d'ailleurs, puisqu'il s'agit précisément de chansons " à texte " : Miossec n'a pas encore renoué avec l'aride précision de ses débuts, et cède trop souvent au mauvais bon mot (parfois au mauvais gros mot), au cliché littéraire avec tout ce qu'il comporte de manies et de complaisances. Dommage, car il n'a pas son pareil pour exposer son point de vue désabusé-dégoûté, pas toujours très tendre sur le malheur domestique, les déboires sexuels, l'amour qui flanche, la difficulté d'être deux mais seul cependant. Le violon enfin, trop rare sur l'album, tombe toujours juste, lui. " A prendre " quand même. (RC)

MUDHONEY

Tomorrow hit today
De la grande histoire du rock'n roll, Mudhoney n'a pas retenu grand'chose, mais il a retenu l'essentiel : les Stooges. A la rigueur Black Sabbath. Pour rire, Elvis. Qui irait lui en faire grief ? Certainement pas moi. Extrêmement peu virtuose, Mudhoney, dont une partie des membres, au sein de Green River, inventa (au sens propre du terme) le son, le look et même le terme " grunge ", se contrefout définitivement des modes qu'il n'a pas initiées, sûr de son droit et de ses atouts : une foi inébranlable et - ce qui fait tellement défaut à tant d'autres - une patte : voix nasillarde et paresseuse, deux guitares, wah-wah à fond les manettes, noyades d'orgue Hammond et par-ci par-là, délicatement désuet, un tambourin. Tôt converti aux valeurs inaltérables du blues, Mudhoney ne semble jamais avoir seulement entendu un titre pop, new- wave ou même punk, et est passé complètement à côté de toutes les " innovations " rebattues des quinze dernières années : techno, hardcore, fusion, hip-hop et dérivés, charabia pour eux. Mudhoney tel quel. Brut de décoffrage et définitivement sourd à tout ce qui ne l'éclate pas. A conseiller aux esprits chagrins, ça les calmera. (RC)

NADA SURF
The proximity effect
Plus libre dans sa forme que le précédent " High / low ", ce deuxième album de Nada Surf offre un compromis positif entre britpop et rock US. Le chant est simple et décomplexé, l'ambiance au beau fixe après tout pas si courante. On navigue aisément entre Beach Boys, power-pop bien charpentée et grunge de bon ton. Pas un chef d'oeuvre, mais une oeuvre tout de même et qui mérite qu'on la signale. (RC)

NASHVILLE PUSSY

Let them eat pussy
Du punk speedé et bâclé censément hardcore, mais assurément américain, batterie plus-binaire-que-moi-tu-meurs, grosse voix je-suis-un-homme-un-vrai, vulgarité sensible, l'héritage grungy dans ce qu'il offre de plus crétin. L'argument de vente pour les kids : une attitude pseudo-trash, rock'n roll et sexy (?), cautionnée par la présence de deux putasses grassouillettes semi-nues en tenue léopard et soutien-bulbes transparents, avec des poses qui se voudraient aguicheuses, des seins monstrueusement siliconnés, abondamment vantés à l'attention des beaufs sur presque tous les visuels de la pochette. Le pire de Russ Meyer, l'humour en moins. Veuillez tirer la chasse. (RC)

NOIR DESIR

One trip / one noise
Ce sont, paraît-il, des remixes de titres de Noir Désir par d'autres. A ce niveau de retravail, moi j'appelle ça des reprises, mais bon. C'est en tout cas, en dépit de son éclectisme, le meilleur album hommage que j'aie entendu jusque-là. De nombreux morceaux, notamment ceux issus du dernier album - un peu faiblard - des Bordelais, sont d'ailleurs bien supérieurs aux originaux... Le très quelconque " Lazy ", ici traité en alternances ballade classique / noise industriel, " Septembre en attendant " revisité dans un dub plombé jusqu'à la moelle, la techno funk-trash d'une " Fin de siècle " suragressive, et surtout " Lolita nie en bloc ", en jazz gainsbourgien par Anna Logik et " A ton étoile ", par Yann Tiersen dans un mix frissonnant, désespéré évoquant les " Suites pour violoncelle seul " de Bach (les deux meilleurs morceaux de l'album), sont de ceux-là. Comment ne pas tous les citer ? Treponem Pal s'illustrant dans un reggae minimal sur " One trip / one noise ", " Oublié " par Replicant, jazzy et symphonique comme Björk, parfois, peut être jazzy et symphonique... les versions africanisées de " 666.667 Club " et " Le Fleuve ", le dub conceptuel de Sloy sur " Les écorchés vifs ", " Tostaky " revu house par deux fois, l'une mâtinée de noise music à la Cubanate, l'autre desossée dans la lignée Esplendor Geometrico par Gus Gus, et toujours dans le registre house, enfin " A l'arrière des taxis ", une des rares déceptions en dépit de l'idée couillue, par Al Comet des Young Gods. Just bravo. (RC)

OWUN

Sillon
Une forme incroyablement libre et spontanée - et même plus libre que neuve, ce qui en augmente presque le mérite - caractérise ce premier album d'Owun qui fait fi des modes et du goût actuel du public (fusions, trip-hops et bricolages), incendiaire et radical, personnel jusqu'au narcissisme. Il y a dans cette débauche d'énergies un psychédélisme furieux (voir notamment le morceau d'ouverture, très My Bloody Valentine), la brutalité péremptoire des premiers No Means No, du Cure plein de fantômes et d'accidents, du Hems, des harmonies pop déglinguées façon Sonic Youth période " Sister LP ", à l'occasion du Johnny Lydon dans la voix, et les explosions épileptiques, rageuses et tranchées du meilleur jazz no wave. Demain peut-être, Grenoble pourrait devenir la capitale du rock extrême version française. (RC)

OTIS WOOD
Entre Happy Mondays " à la française " et britpop mid-80s à peine échappée de ses antécédants new-wave (The Smiths, Cure, Tears for Fears...), Otis Wood fait péter la wah-wah et le flanger sur fond de rythmiques baggy simples jusqu'à l'épure, et signe ici un premier cinq titres tout à fait honorable (et réédité de 96, dit l'embryon de dossier de presse...). La voix du chanteur, en anglais ou en français légèrement typée, toute en envolées contenues, est très belle, ce qui ne gâche rien. A suivre, sans aucun doute. (RC)

ORGY
Candyass
Le techno-trash lancinant d'Orgy crisse et grince avec élégance et retenue. Tous débordements se font avec sécheresse et précision, contingentés par le couple basse-batterie qui a la part belle : on pense, dans un genre autre, à l'agressivité pointilliste d'un Prong. Et pourquoi pas, puisque c'est bon ? Il y a là-dedans la rigueur des meilleurs Depeche Mode alliée à la tension d'un Nine Inch Nails de choix. On en redemande. La voix du type, très belle, enveloppante et un rien plaintive de fantômes new-wave rôdant (les Virgin Prunes ?), fait le reste, et au final, fait l'essentiel. A noter, une reprise sage mais pas inintéressante de " Blue monday ", de Bronsky Beat. (RC)

OUT
X-position
Trash et métal, Out joue de tous les registres du genre sans fausse note ni originalité. Inattaquable, mais vu et revu. (RC)

OZARK HENRY
This last warm solitude
Ozark Henry est le lointain cousin belge de la britpop malsaine et élégante, un rien expé., façon The The ou Momus, qui livraient naguère une bataille rangée mais gagnée haut-la-main au niaiseux Morrissey et à ses ouailles. La voix est caressante et les compos, torturées par un trip-hop léger, naviguent, l'album semblant ainsi vraiment scindé en deux, entre désinvolture amusée et mélancolie plus inquiétante (lorgnant vers un Costello technoïde mâtiné de depeche-moditudes). On peut évoquer des dimanches après-midi pluvieux dans un loft cosy d'une mégalopole européenne, une heure entre chien et loup où l'on savourerait le swing d'un piano associé à des mélopées ambient-techno, héritées d'une new-wave heureusement digérée, entendues la veille au soir... (C)

PASCAL COMELADE

L'argot du bruit
" L'argot du bruit " n'est ni bruyant ni argotique, pas plus que n'étaient syldaves les " Danses et chants de Syldavie. " Touche-à-tout et dadaïste, Monsieur Comelade serait un genre de Beck suranné, de Jacques Tati du son, d'Arno de musique de chambre, de Thiéfaine multitaches. Les instruments acoustiques sont son credo, les jouets d'enfants (guitares en plastoc, xylophones en bois, etc.), sa constante lubie. Monsieur Comelade n'a d'ailleurs rien d'un révolutionnaire : il n'invente pas et ne nous la joue pas " expérimentale " (pourquoi pas " avant-garde " tant qu'on y est ?) ; il s'amuse, c'est ainsi. Fêlé et doué, mais mieux doué que fêlé, Monsieur Comelade dans ses minutieux et attendrissants délires se voit accompagner par quelques copains qui lui chantent les rares parties chantées, ici par exemple PJ Harvey (allez-savoir-pourquoi-quel-magicien-ce-Comelade). N'ayant rien à prouver, ni maintenant ni depuis ses lointains débuts, Monsieur Comelade se contente de se faire plaisir, de se faire bonheur. Merci, Pascal. (RC)

PLACEBO
Without you I'm nothing
Ce qu'il y a de plus plaisant quand on fait quelque chose, c'est d'être le meilleur. Et je pense pouvoir l'affirmer sans m'attirer de foudres furibondes, Placebo est, avec Suede, le meilleur groupe de pop actuel, s'installant avec majesté à la première place laissée vacante par monsieur Bowie, de la pop baroque et tourmentée. C'est d'alchimie dont nous parlons ici, cet art de produire un bijou pur, aux reliefs escarpés mais parfaits, qui sans être profondément original, demeure furieusement élégant. On regrettera peut-être que tout ici soit sacrifié à la mélodie, parfois trop démonstrative, les risques de ne pas plaire restant minimes, mais n'est-ce pas là le propre d'un album de pop réussi, que de produire une musique plaisante sans être fade, harmonique sans être commerciale ? D'autres s'y sont cassé les dents... (C)

PRAXIS
Transmutation (mutatis mutandis)
Produit par Bill Laswell (ex-membre du légendaire Funkadelic, aux côtés entre autres de Georges Clinton), cet album entièrement instrumental de Praxis est monstrueux. Déchirant. Extatique. Mélangeant savamment funk trashy, free-jazz, samples ambient, solos de guitare sans (sang ?) dessus dessous, tantôt furibards, tantôt lyriques, le groupe nous sert ici une mixture parfaitement digérée entre Primus, les premiers Red Hot, Funkadelic, Led Zeppelin et... Legendary Pink Dots (!). C'est un bijou sans concession, suintant de fureur et d'accidents, merveilleux coup de pied dans toute cette fusion surcalibrée à la mode, un mariage sans divorce à l'appui entre bruitisme furieux et mélodisme de haute volée. A acheter les yeux fermés. (C)

PRESSURE DROP

Elusive
De la soul essentiellement, féminine essentiellement, et grave toujours, minimaliste, désossée et électronique ; un soupçon de trip-hop ; une classe certaine ; je ne saurais quoi dire d'autre de ce disque, sinon qu'il fait exception. (RC)

PRODIGY

" The dirtchamber sessions " volume one
De quoi s'agit-il ? D'une compilation mix, tout simplement, dont les titres et extraits s'enchaînent par groupe de cinq ou six comme sur du velours (avec un brin de verre pilé pour l'accommodement). Reste que les morceaux choisis pour figurer sur ce premier volume d'une série qui en comportera dix, sont excellents, TOUS styles confondus : funk, disco, techno, hip-hop, soul, punk, noisy-pop, Liam Howlett, architecte de la " Prodigy touch " n'a peur de rien et prouve par les platines que toutes sortes de ponts sont possibles, voire souhaitables. Jugez un peu : LL Cool J, Fat Boy Slim, Jane's Addiction, Meat Beat Manifesto, Rasmus, Herbie Hancock, Primal Scream, Propeller Heads, Frankie Bones, les Beastie Boys, les Sex Pistols, Bomb the Bass (avec le mortel et trop peu connu " Bug powder dust " qui figurait sur " Clear "), Grandmaster Flash, Chemical Brothers, Barry White (!?!), Prodigy soi-même... et je passe sur tous ceux, excellents, que je ne connais pas, " Babe Ruth " par exemple qui s'illustre avec un flamenco-funk invraisemblable... une vraie révélation ! Le tout est mis à la sauce groove-baston dont Prodigy s'est fait une spécialité... C'est sûrement la première compile " de danse " digne de ce nom. On se prend à rêver d'un DJ aussi ouvert pour rendre vie à nos mornes et rares sorties en boîtes de nuit... (RC)

RODOLPHE BURGER
Meteor show
Electro-blues mâtiné de trip-hop profond et moiré, " Meteor show ", deuxième album solo du chanteur-parolier de Kat Onoma, tend incontestablement au pur chef d'oeuvre ; tant par la réalisation - basse/infrabasses omniprésentes, guitare parcimonieuse jouée pianissimo, voix rauque, extrêmement " posée ", un rien hautaine, persussions étrangement présentes en dépit d'une certaine retenue -, que dans le jeu continuel des équilibres et déséquilibres rythmiques : on songe, dans un registre moins serein, aux Birthday Party. Les textes, sont une fois de mieux d'une surprenante richesse poétique, qui vaut sans doute autant par les mots eux-mêmes que par la manière de les dire (car comme Gainsbourg avant lui, Burger dit et fredonne plus qu'il ne chante) : historiettes bancales et décalées, de coeur et de routines, d'attitudes, parfois hermétiques, toujours interpellantes, dont les sonorités ne sont jamais innocentes. Plus que jamais, Burger clame sous couvert de douceur une personnalité entière et composite, polie jusqu'au trauma, perceptible jusqu'en ses nombreux silences. (RC)

SOUL COUGHING

El oso
Excellent retour de Soul Coughing avec ce troisième album singulier, qui renoue avec la curieuse alchimie du tout premier " Ruby vroom " dont on craignait, après le fouillis de samples du prétentieux et passablement foireux " Irresistible bliss ", qu'elle fût à ranger au rayon des bons souvenirs. Comment vous en parler ? Cela relève de l'impossible, tant Soul Coughing n'évoque aucune autre référence, ne se raccroche à aucun style défini. On sent bien un vague fond de rock, de jazz, de techno jungle (la batterie... mais jouée " live " comme il se doit, et très rock dans ses sonorités), d'industriel symphonique, de blues, de drum'n bass, de coldwave... mais il s'agit plus d'un " bain commun " culturel que d'une volonté de fusionner ces musiques entre elles, comme s'y essayent tant d'autres. Par exemple, la plupart des titres " sonne " jazz, mais l'on serait bien embêté s'il fallait identifier quel élément mélodique précis est à la source de cette impression. Les éléments de base, pour s'en tenir au " fait " orchestral, sont pourtant toujours les mêmes : contrebasse, batterie, peu ou pas de guitare, une voix enveloppante posée sur une mélodie très largement cyclique, entêtante (si j'osais, je risquerais cette hypothèse que l'essentiel du groove est dû - à l'inverse du disco par exemple - à la structure mélodique vocale, en combat permanent avec le reste de l'orchestration, statique et hypnotique au possible), enfin des samples d'une relative discrétion, juste ce qu'il faut pour " salir " la structure de base, souvent minimaliste quoique très composée. S'y greffent ponctuellement divers instruments acoustiques. Surtout - cela n'explique rien mais à l'écoute c'est une telle évidence que l'essentiel est peut-être là - les musiciens prennent un immense pied dans l'interprétation, étonnamment déliée en dépit de la complexité harmonique : peut-être est-ce ici la clef de cette " sensation jazz " évoquée plus haut. (RC)

TERRORVISION

Shaving peaches
" Raser les pêches " (d'ailleurs c'est l'illustration) conjugue sur tous les tons une power-pop ni trop décalée ni trop mièvre : en un mot, efficace. Glam-rock, hard, musique western, blues léger, bouffées noisy, rock'n roll à la Gun Club et courtes épures smithsiennes participent de la fête. On est loin des prétentions alambiquées et sans âme ni plaisir d'un Oasis, d'un Radiohead, d'un Suede, de toute la crème retombée d'outre-Manche. (RC)

THE JON SPENCER BLUES EXPLOSION
Acme
Le dernier album en date de l'ex-coleader du mythique Pussy Galore ne tient pas toutes ses promesses. Notre spécialiste ès noisy-blues sale et groovy s'y révèle un peu moins sale, et surtout nettement moins groovy qu'on le souhaiterait. Une relative contre-performance dont le groupe est maintenant coutumier, si l'on veut bien jeter un regard en arrière et considérer l'immiscion de l'approximatif " Orange " entre les deux chefs d'oeuvre que constituent " Extra width " et " Now I got worry. " Semi-ratage donc, auquel Steve Albini, qui produit, ne peut rien : curieusement, alors que lui-même, à la tête de Shellac, semble venir lentement au blues, son intervention pour une fois reste (malheureusement) extrêmement discrète et donc inefficace. Voyons le prochain. (RC)

THE SILENCERS

Receiving
Jadis originaux avec leur trip new-wave/pop guitaristique alors pas très courant (Simple Minds, New Order peut-être...), les Silencers s'accrochent à l'époque - l'époque actuelle - sans s'y fondre tout à fait. Ca fleure le B52's, le New Model Army, le Stone Roses, le Lou Reed parfois (la voix, pas la guitare...), les années 80 encore sous l'appareillage rythmique et mélodique moderne. Nouveauté : il y a des filles dans le groupe, dont une chante. Marrant : elles ont vingt berges soit moitié moins que le reste du groupe, mais elles la jouent 60s/70s à mort... Ce n'est plus vraiment les Silencers, mais ce n'est pas pour autant devenu autre chose. Une nostalgie à cache-cache qu'on oublie trop vite une fois l'album fini... (RC)

TRYO
Bucolique tirant sur la franche rigolade, Tryo se définit (un peu abusivement) comme un groupe de reggae acoustique. On est pourtant plus proche, dans ce gentil délire à trois voix - enregistré live s'il vous plaît ! -, de Ludwig von 88 et de Georges Brassens (ensemble !!!) que de Bob Marley. Mais c'est frais, sans prétention, et ma belle-fille se l'écoute chaque matin depuis près de deux mois pour se mettre de bonne humeur avant d'affronter l'école... (RC)

TULIP
Need a number
Mêlant très spontanément - et dans les mêmes morceaux - punk rêche et noisy-pop lo-fi, ce premier quatre titres doux-amer des Grenoblois Tulip a tout pour plaire. C'est juste un peu court. (RC)

UNDERWORLD

Beaucoup fish
Le nouveau Underworld n'a rien de la révolution annoncée et attendue. C'est un album de house correct, léché et plutôt consensuel, parfois teinté de new-wave comme sur le glacial " Bruce Lee ", et tirant quelquefois sur l'electronic body music à l'allemande, ce qui leur réussit le mieux. Cela accompagné d'un chant mécanique ou feutré le plus souvent anodin. Pas de quoi s'exciter la couenne. (RC)

WHALE

All disco dance must end in broken bones
La fantaisie convenue de Whale fait parfois sourire. Pas plus. Le groupe connaît ses classiques, de Cure à Asian Dub Foundation en passant par les Pixies, les Breeders ou les Happy Mondays ; des références ne font pas un disque. La chanteuse se répand en joliesses appliquées qui suivent avec une fidélité de chien-chien à sa mémère la ligne mélodique générale. Et c'est chiant. (RC)

WUMPSCUT

Eevil young flesh
Wumpscut joue le sombre jeu de la séduction/répulsion, que ce soit dans l'exploitation systématique de visuels morbides quasi-documentaires, ou dans le hérissement forcené, terrible d'une musique électro plus glaciale que les pires Bauhaus, Lydia Lunch et autres coldwaveux d'antan. Statiques jusqu'à l'inanition, les boucles étouffantes de Wumpscut exploitent toujours le même procédé : percussions élaborées, temps fort exagérément marqué sur le premier temps, refus de tout développement mélodique, textes pour l'essentiel en Allemand qui tiennent plus du grésillement crié que du chant au sens classique du terme. Ce n'est pas mon disque de chevet mais c'est original, assurément. (RC)

ZEZE MAGO

Demain, l'impossible
Le risque de la chanson " à textes ", si l'on n'est pas Madame Piaf ni Monsieur Brel, c'est de négliger la musique pour un faire un simple accompagnement. Parfait pour les soirées entre potes au coin du feu, mais un peu léger pour prétendre graver ses chansons sur un disque. Un recueil de poèmes aurait suffi, qu'on relirait plus facilement qu'on ne réécoutera ce morne " Demain, l'impossible ", du genre brouillon rétrospectif du premier opus, nettement plus réussi : " NoSex. " (RC)